Friday, 7 June 2013

Camera obscura sac poubelle.







la camera obscura









Le sac poubelle.


Il te faut trouver des sacs poubelle de
100 litres minimum. Ils doivent être noirs et assez opaques, je n'en ai trouvé aucun de vraiment opaque, mais ça fonctionne comme cela.
Il est possible de se ceinturer en taille basse avec une ficelle.
(J'ai essayé de mettre deux sacs de 160 litres l'un sur l'autre, c'est beaucoup plus noir à l'intérieur.)
Il y a de la place dans le sac, on peut y entrer avec un carton à dessin de format A3. On y rentre facilement et on peut dessiner une image anamorphosée un peu floue.



Il est impossible de relever perpendiculairement un carton à dessin blanc A3  face au trou effectué dans le sac poubelle. En fait, c'est possible, mais puisque tu es à l'intérieur, tes yeux ne peuvent pas voir la plaque de carton placée sur la poitrine, il faut donc la placer comme un plateau-repas dans un avion, d'où l'image déformée, allongée (anamorphosée). 


Le trou d'allumette.


Pour faire le trou par lequel va entrer la lumière dans le sac poubelle et par lequel elle va se diffuser en une pyramide et atterrir sur le carton à dessin blanc format A3... Pour faire le trou disais-je, il faut gratter une allumette puis l'éteindre et profiter de l'incandescence du soufre pour percer le sac plastique.
C'est celui qui est à l'intérieur qui indique le meilleur endroit avec le doigt. 
Le trou est de belle dimension, 3 millimètres environ, il est propre et net. Il permettra beaucoup de lumière, mais rendra l'image un peu floue.
Je disais qu'il était possible de superposer deux sacs l'un dans l'autre pour être encore plus dans le noir mais, ce n'est pas facile de percer les deux sacs en même temps et au même endroit, et puis c'est une histoire qui se com-plique.
Ce que j'aime dans mon système, c'est que c'est simple et marrant pour ceux qui réalisent cette opération et pour les curieux qui en sont spectateurs.
Ce que j'aime bien dans cette histoire de sacs poubelle, c'est que c'est instantané : tu arrives sur une place publique, il y a du monde, c'est une sorte d'attraction, chacun fait son trou par duo, puis celui qui est dans le sac plastique guidé par son ami circule tranquillement sur une place publique chargée d'histoire, de personnes colorées ou d'autres choses. 




Il faut reconnaître que ce n'est pas très facile de dessiner à l'intérieur du sac.

Il peut y faire chaud au bout d'un moment, et puis ça bouge tout le temps, forcément puisque l'on se déplace.
Je pense que l'on est plutôt au cinéma intérieur de ce sac opaque. 
Certains se sont amusés à prendre des photos à l'intérieur, c'est possible : C'est comme si un appareil photo se moquait d'un autre appareil photo. 



Pour dessiner de belles perspectives, il est préférable de construire une grosse camera obscura. C'est encore plus simple, tu achètes du plastique noir dans un magasin de jardinage, vérifie que l'on ne voit pas le soleil au travers, tu en achètes quelques mètres carré et il est possible d'entrer à deux sous cette tente de fortune sans armature, c'est ta tête qui soutient le plafond.

Ma chambre noire est beaucoup plus grande et mesure 5 m sur 5 m, je crois que c'est la largeur du plastique vendu dans le magasin. 
Nous pouvons y entrer à cinq ou six et voir des images sur un carton blanc qui peut mesurer 2 m sur 2 m voire plus.

Sur les voûtes.

Lorsque nous étions dans le grenier de l'église de Saint-Maurice à Épinal nous étions dans une camera obscura gigantesque !
Il y avait une porte en bois qui donnait sur la rue en contrebas, le soleil était puissant ce jour-là, il n'éclairait pas cette porte directement, plutôt par derrière c'est important, sinon, ça fait contrejour.



C'est par hasard que nous avons pu comprendre que toute la rue en contrebas été tapissée sur les poutres et sur les murs de notre grenier assez opaque. 
Nous avons alors obturé cette fente qui mesurait plus d'un 1,50 mètres pour ne laisser que quelques centimètres de lumière. 
L'image fut encore plus nette, elle n'était plus démultipliée, elle était immense et nous pouvions maintenant la piéger sur un carton en nous rapprochant à quelques mètres de la courte fente de la porte. 
Je joins une image. 




Nous étions presque une trentaine sous le toit des voûtes en pierres. C'était vraiment un moment magique ! Nous étions venus pour dessiner, ce que nous avons fait et suprême récom-pense, nous étions à l'intérieur d'un grand appareil photo qui tapissait les poutres et les murs du grenier d'un grande image avec entre autres les voitures garées dans la rue en contrebas.



Technique.

J'aurais beaucoup plus de choses à dire sur la camera obscura, des trucs plus techniques, je vais faire un résumé dans un autre article.
J'ai toujours présenté à mes élèves ce phénomène, que ce soit Marseille, Épinal, Remiremont, à Nancy, et cela a toujours été magique pour les élèves qui sont entrées pour la pour la première fois dans cette tente noire.





Il faut être entré dans une camera obscura une fois dans sa vie et s'être exclamé ; "c'est magique, c'est incroyable, c'est en couleurs et ce n'est pas dans le trou que je regarde. C'est la lumière qui entre par le trou et qui se constitue en une image sur ma feuille blanche que je tiens entre les mains." 













Sunday, 21 October 2012

Analyses d'images Kertész







J’ai fait analyser à mes élèves futurs professeurs des écoles cette reproduction de la photographie « LA FOURCHETTE » de André KERTESZ. (1926 ou 28 )




 
Cette œuvre figure dans la liste indicative du Ministère en arts visuels/plastiques. C’est incontestablement un chef-d’œuvre, mais un chef d’œuvre austère qui ne flirte pas avec l’exubérance du baroque, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je copie et colle ci-dessous six analyses.
Elles sont dans l’ordre  qui me convient le mieux, de la plus classique et simple à la plus olé olé.
Ces textes sont donc de type assez différent à chaque fois.
Vous ne pourriez lire qu'un des cinq premier, mais lisez le sixième pour comprendre la raison de cette présentation.
(Le septième celui de Chantal, il est une réponse fantaisiste et humoristique au mien, le mien est le sixième.)
Mon "analyse poétique" a été écrite par réaction lorsque les copies des élèves commençaient à m’ennuyer tant elle se ressemblaient. Mon humeur de correcteur bouillait.
Mon texte n’est pas un modèle, mais il a l’avantage de parler de tout dans le désordre, du cadrage, de la lumière, de la table, du hors champ, des ombres, du contexte. Cela de manière bien plus agréable, me semble-t-il, que les simples réponses à un formulaire d’analyse qui fatigue le correcteur.

Je me demande tout de même si mes tous mes collègues d’arts plastiques sont de mon avis ?
En tout cas, quelques excellents professeurs de français plutôt sensibles aux arts adhèrent et notent généreusement, une analyse de ce type.

Après avoir lu devant une classe ces six "analyses", je réussis à booster certains élèves pour une autre analyse d’une image/œuvre. J’obtiens des résultats surprenants… Ils sont vraiment satisfaits de leur écriture, tellement plus que de suivre une trame qui bien sûr peut dire les mêmes choses autrement.

(J’ai moi aussi une trame/questionnaire/main-courante d’aide à l’analyse. Je vais la publier dans l’article suivant.)


Premier texte.

  • photo noir et blanc d’un objet assez simple, mais proposition esthétique de l’objet quotidien
  • composition : diagonale qui coupe la cadre en deux parties symétrique, fourchette au centre du cadre, mais n’est finalement pas le véritable sujet
  • ombre : traitement intéressant car sa trajectoire se trouve modifiée par un obstacle (assiette) Impression de déformation, de distorsion, agrémentée par les stries des dents de l’outil
  • contraste : ombres sur le manche plus ombre de l’assiette creuse
Anne.
(La liste et les tirets, l’énumération, le pire de tout !)

 
Deuxième texte.

Le document proposé est la reproduction d’une photographie d’André Kertesz, « Fourchette », datée de 1928. Il n’y a pas d’informations sur le format.
Cette photographie, en noir et blanc, représente une fourchette posée retournée sur le bord d’une assiette : il s’en dégage une impression de dépouillement total.
L’assiette, dont on ne voit qu’un coin, forme une ligne courbe qui est brisée par celle, droite et oblique, matérialisée par la fourchette : photographiée quasi entièrement, cette dernière est donc l’objet principal d’où le titre.
On peut insister sur le jeu d’ombre et lumière : chacun des deux objets est doublé par son ombre, chacune très nettement dessinée ; d’ailleurs, en analysant le placement de cette dernière, on peut supposer que l’éclairage est disposé au dessus de la scène et que la lumière est projetée verticalement par rapport aux objets.
A ce jeu d’ombre s’oppose la lumière, et notamment le reflet scintillant sur la fourchette, d’autant mieux mis en valeur par la couleur sombre de l’objet.
Marie.


Troisième texte.

Nature morte à sujet constitué d’objets inanimés
Photographie en noir et blanc.
Durant la période de l’entre 2 guerres la photographie a envahi la presse illustrée et trouve sa place au sein de l’art des avants gardes.
Description : Fourchette toute simple posée sur le bord d’une assiette, avec son ombre. C’est le dépouillement même Il y une certaine sensibilité qui se dégage.
·      Les courbes de la fourchette et de l’assiette atténuent l’agressivité des fourches.
·      La lumière est focalisée sur la fourchette. On remarque d’ailleurs son ombre sur la table  et une autre à l’intérieur de l’assiette (phénomène optique).
·      Plans : Nous avons un gros plan sur la fourchette, on se focalise sur elle.
·      Cadre : on a cadré de façon à ce que l’on ne voir rien d’autre autour. L’objectif devait être très près.
·      Couleur : noir et blanc nuance de gris (différents tons). Autour de la fourchette il plus de clarté et des tons plus clairs car la lumière arrive dessus.
C’est une immersion dans le monde matériel. Ce qui fait de cet ustensile quotidien un objet d’art à part entière, flottant au dessus de son assiette comme en suspension.
Il y  de la préméditation car cela oblige le regard à s’attarder sur la composition pour distinguer chaque chose et la nommer alors que certains objets communs (comme ici la fourchette) passent inaperçus dans notre quotidien.
Cette photo fait avancer notre manière de voir.
Cette photo est d’actualité car il y a actuellement un exposition sur ce photographe à la Maison Européenne  de la Photographie  jusqu’au 31  décembre.
Natacha.

 
Quatrième texte.

Il s’agit d’une photographie noir et blanc de format paysage, avec pour cadrage un gros plan et une prise de vue en plongée.
On observe une fourchette dont les bouts reposent l’un sur le support qui semble être une table, un sol et l’autre sue l’assiette.
On observe aussi un jeu d’ombre produit par de l’éclairage, en effet l’ombre de la fourchette commence sur la table et se termine dans l’assiette. En outre l’ombre de la fourchette projeté sur le support entre en fusion avec celle de l’assiette. Par conséquent Kertesz a éclairé sa composition de deux manières, une source lumineuse venant d’au-dessus de la fourchette et une autre venant du nord-ouest, du coin gauche en haut en regardant la photo. C’est grâce à la combinaison de ces deux éclairages que les ombres de la fourchette et de l’assiette fusionnent sur le support.
Kertesz a donc utilisé des objets communs  pour sa composition, il peut s’agir d’une forme de présentation comme le fait Christo avec ses emballages, Arman, les surréalistes…
Cependant on peut s’apercevoir que comme dans les plans de Cocteau ici la lumière joue un rôle essentiel, en l’utilisant de certaines façon elle permet de d’exprimer des sentiments, atmosphère, de présenter des traits particuliers, de créer de l’ombre qui peut être utilisé pour composer comme dans les activités de théâtre d’ombre ou sur la composition de Kertesz.
Eric.

 
Cinquième texte.

 Ce document nous présente une photographie d’André KERTESZ photographe américain d’origine hongroise (1894-1985), intitulée « Fourchette » et datant de 1926.
Cette photographie en noir et blanc est de nature expressionniste. Elle représente une fourchette faite d’un métal quelconque reposant sur le rebord d’une assiette elle-même constituée dans un matériau spécifique et le tout est posé sur une table que l’on peut supposer être de bois. Il y a ici, par cette succincte description, un rapport à la matière qui s’exprime. La mise en scène simple et la recherche subtile dans le choix du cadrage et des effets de contrastes n’est pas sans rappeler certains travaux de Henri Cartier-Bresson.
Par cette photographie, le regard du photographe exprime quelque chose de somme tout banal de la réalité quotidienne (dans l’idée de départ) en quelque chose d’artistique au final. Dès lors, il ressort selon moi quatre idées essentielles quant à l’analyse de ce document.
Premièrement : la photographie devient complètement autonome, on en vient à oublier qu’elle pourrait faire partie à l’origine d’un ensemble plus vaste organisé dans le cadre d’un dîner par exemple, avec des convives autour de la table et d’autres ustensiles divers.
Deuxièmement : la matière se donne du sens et crée une émotion.
Troisièmement : l’invisible ou l’anecdotique dans le quotidien et le banal devient visible et expressif.
Quatrièmement : la photographie prend un sens encore plus conceptuel, elle devient une « abstraction » de formes géométriques où l’on devine un empilement de cercles et d’ovales, de triangles et de rectangles qui lui donne une importance autre qu’illustrative.
Enfin, il est également à souligner toute l’importance du noir et blanc et de la lumière dans la construction de jeux d’ombres et de dégradés pouvant déboucher sur une exploitation pédagogique pertinente.
David.

 

Sixième texte.

Une fourchette très propre regarde discrètement par-dessus son assiette propre.
Elle est en paix.
Mademoiselle fourchette tirée à quatre épingle, heu.., à quatre dents…
Elle est en trêve…
Mademoiselle Fourchette espère qu’on lui reprenne la main.
Pas de main  sur cette table rase, pas de bouche  dans le champ, pas de soupe dans cette assiette amputée.
La fourchette propre placée à droite de la convive attend sur le dos, ce n’est pas celle que l’on voit.
Celle-ci, sur le ventre, en l’équilibre tendu du gymnaste n’expose pas sa fatigue. Dans cette posture polie, cette svelte Demoiselle retournée a déjà fait quelques allers et retours vers les dents… Pourtant pas une miette d’aliment ne laisse présager qu’elle est allée se fourrer dans une bouche délicate.

Un éclairage violent d’orage la cloue au sol, la dédouble, lui casse les dents sur le rebord de l’assiette, ça lui donne des airs de star au firmament de la table bien mise.
Attend-t-elle le plat principal sans l’assiette plate qu’elle a oublié.
Fraction d’assiette dis-moi ce que tu contiens et je te dirai de ma bouche ce que j’aime en toi.
Table sans set, sans verre à voir, vous avez la rigueur d’une meurtrière, d’un Juda.
Ma vue de rectangle serré te captive belle diagonale ondulée.
Monsieur Kertesz, laissez-moi voir votre hors champ !
Parlez-moi des trois quarts de cette assiette convoitée, personnage secondaire en marge de votre souci de valoriser cette élégante croupe tendue comme un ressort qui attend sagement et proprement la becquée.
Fourchette peut-être lassée d’être l’ascenseur des bouchées double de cette vieille Demoiselle seule à table ?
«  Elle s’est momentanément éloignée de sa chaise pour du sel ! »
Du sel qui la libérera de se cessez-le-feu qui commence à peser sur ses fines dents arc-boutés sans fin.

Gilbert.


Bonjour Gilbert!!!

Ton texte m'a fait réagir....ou plutôt une infortunée fourchette, manufacturée en série, au destin banal, qui, néanmoins dispose d'une sacrée gouaille !!
Petite parenthèse, je ne connaissais pas Kertesz… ni ses écrits, ni ses œuvres photographiques.

"Non mais! Pour qui se prend elle avec ses airs snobs?
Une fourchette poétesse?!
Ben voyons! Elle a de quoi se le permettre! Madame roule  en écrin de velours alors que moi, humble couvert en inox et plastique made in china,  suis jetée négligemment au fond d'un tiroir poisseux en compagnie d'un tire-bouchon fendu, d'une cuillère tordue et d'un couteau à la lame émoussée (fort heureusement! car, on ne peut imaginer ce que ce dernier serait capable de fomenter comme coup bas! Un coup de couteau dans le dos à la moindre baisse de vigilance n'est pas à écarter)

Pour nous, couverts prolétaires, point de caviar, de parfait de foie gras, de canard laqué, de dinde truffée, de terrines de poisson, de sanglier à la broche, de coq au riesling, de fricassée de grenouilles, d'oie farcie rôtie, de civet de lièvre, de filet mignon, de sauté de veau, d'huîtres gratinées, de noix de Saint-Jacques flambées, de mille-feuilles de rouget, de gésiers confits, de tartes aux cèpes, de poulet chasseur à la sauce tomate, de cassolette d'escargots, de salade périgourdine, de boudins poêlés, de pâtés, de blinis, de clafoutis, de soufflés, de gratins, de toasts, de beignets, de mousses, de filets , de potages, de sauces aux morilles et autres, de papillotes mais une soupe aux vermicelles ou des fayots saluent nos jours de fêtes.

Madame sort de chez Couzon ou Cristofle...les jours fastes, je ne puis compter que sur un coup d'éponge pour me redonner un peu d'éclat.

Alors, pour une fois, qu'elle se retrouve en face d'une assiette vide...effroyablement vide, nous n'allons pas nous en attendrir.
Madame veille jalousement à sa croupe et à son allure élancée, et bien, que diable, une petite diète ne pourra lui nuire!"

Chantal de Madagascar.





Thursday, 17 May 2012

Argile/clé/sésame










Dans & entre les deux mains.



1- Voici en quelques lignes d’idée de la séance, si cela vous suffit, ne lisez pas le détail.

Nous allons  réaliser notre sésame en argile.
L'argile est modelable, on peut en faire ce que l'on veut. Nous allons la façonner en une forme compliquée qui tiendra dans vos deux mains.
Vous ne poserez jamais l'argile sur la table.
Gardez votre argile en mains, dans les deux.
Dans la main, entre les mains toutes les directions sont possibles, on peut retourner l'argile, tous les regards sont possibles et il faut en profiter.
L’œuvre devrait être un peu comme une chaussure, on doit pouvoir la chausser quand elle sera sèche et dure. ..Plus exactement on devrait pouvoir "la ganter".
Une partie poétique littéraire est complémentaire.
Chaque élève devrait expliquer aux groupes à quoi sert sa clé mystérieuse.



2- Voici maintenant la séance détaillée.

Vous allez réaliser une clé, une clef unique, une clé personnelle.
Que sera notre clef sésame ?
Ce ne pas une clé classique de serrure pour ouvrir une porte importante,
ce sera plutôt un petit objet personnel.
Un objet que vous tiendrez dans les mains qui aura les empreintes, les traces de nos mains.
Cette clé, cette œuvre, vous sera utile pour ouvrir un espace particulier qui devrait être qu'à nous, l’espace de vos rêves.

Nous allons  préparer notre clé sésame en argile.





L'argile est plastique. Nous allons la façonner en un drôle de passe-partout qui tiendra dans vos deux mains.
Vous allez le "designer" afin qu’elle ne soit qu’à vous.
Vous le retrouveriez les yeux fermés…
Pour vous aider, pensez à la poignée avec laquelle on jouait aux jeux informatiques, elles sont ergonomiques, elles ont été étudiées pour être bien tenues, on y remarque les marques des doigts enfoncés dans le plastique, comme si la matière avait été malléable avant d’être dure.
Certaines poignées de portes ont été étudiées pour être bien tenues dans la main. Certaines anses de seau sont plus agréables que d'autres.
Notre objet modelé aura des points communs avec ces trois objets cités, ce sera un objet qui sera bien entre vos mains  et qui ne peut aller qu’avec vos mains… C’est aussi un peu le cas des prises artificielles sur les murs d’escalade.


Prenez donc une poignée d'argile brute pour faire une clé !
Attention, il est important que le sac d'argile dans lequel chacun va arracher son morceau avant de débuter soit d'une consistance adéquate en rapport à la force des enfants; trop molle il sera difficile de la dompter; trop dure, les enfants pourraient difficilement changer la forme générale de la boule.

Vous ne poserez jamais l'argile sur la table.
Gardez votre argile en mains, dans les deux.
Passez-là d'une main à l'autre pour la travailler.
Appréciez son comportement, sa malléabilité !
Commencer à chercher quelle serait la forme de votre clé.
Toutes les surfaces argileuses auront les marques de vos doigts, ou les empreintes de vos doigts ou les traces de vos doigts.
(Bien expliquer la différence entre marques, empreintes et traces, les trois sont possibles.)
Vous obtiendrez une clé  en emprisonnant la petite masse d'argile molle entre les deux mains en la comprimant, mais il y en a bien d'autres à trouver, des plus complexes.
Il peut y avoir des clés sésame à trous, le passage d'un de vos doigts.
Votre œuvre sera faite de bosses et de creux, de concavités et de convexités.
Ne pas oublier que c'est une clé des deux mains, l'argile passe d’une main dans l'autre sans jamais être posée sur la table.
Chacune des mains peut créer par alternance.
Il ne faut pas rendre l’argile trop fine, pas moins d’un centimètre, le morceau deviendrait trop fragile après séchage.
Ce travail peut durer 10 à 20 minutes si vous êtes exigeant.
Par la suite, lorsque nous prendrons cet objet dur, consistant de notre poche ou d’ailleurs, ce sera pour le placer exactement là et comme il a été fabriqué, entre les doigts, à travers les doigts et, sans parler, la porte de l'espace rêvé s'ouvrira pour vous, pour vous seul puisque c'est le parfait réglage comme une horloge pour vos mains à vous.
Bien sûr, personne d’autre ne pourra y mettre ses mains, bas les pattes ! Personne n'a les mêmes mains ni les mêmes idées de formes de clés.

Quels sont les objectifs didactiques de l’enseignant ?

Faire rêver les enfants, bien sûr...
Mais surtout, et à l’insu de l'enfant ou de l’adulte, il doit être amené à travailler dans les trois dimensions puisqu'il n'a pas le droit, de poser sa poignée d'argile sur la table comme c’est le cas la plupart du temps.
À plat sur la table l’argile peut être déplacée et vue autour d'un axe de 360° si on l’a placé sur un carton.
Dans la main, entre les mains toutes les directions sont possibles, on peut retourner l'argile, tous les regards sont possibles et il faut en profiter.

L'objectif le plus important est donc ; l'argile est le matériau idéal pour travailler le volume.
On travaille aussi la motricité fine, la précision, ne pas oublier aussi le plaisir de pétrir surtout au début, le plaisir de lisser, surtout à la fin.

Il faut insister sur une relative complexité dans la réalisation. La symétrie est possible, les doigts enfoncés doivent pouvoir se dégager.
L’œuvre devrait être un peu comme une chaussure, on doit pouvoir la chausser quand elle sera sèche et dure. ..Plus exactement on devrait pouvoir "la ganter".
Lorsque vous estimez que votre clé personnelle vous convient, il vous faut bien la déposer quelque part. Elle est restée entre vos mains un quart d'heure maintenant, il faut la poser avec délicatesse sur un chiffon plissé ou du journal froissé de façon à ne pas abîmer les bosses qui seraient en contact avec la table.
Aucun outil, pas d'eau… peut-être un chiffon légèrement humide à utiliser pour l’essuyage des mains seulement lorsque la clé est finie et que l'on passe à une autre activité.

Une variante enrichissante. Avec un cure dent ou une fourchette en plastique, piquer toutes les empreintes et les traces qui ne vous conviennent pas. Piquer de manière très dense, vous obtiendrez ainsi une surface plus foncée puisque la lumière s’y incrustera. La coexistence entre le lisse et le piqué est surprenant…

Toutes les productions sont regroupées.
Il nous faut maintenant attendre qu'elles sèchent avant qu'on puisse les reprendre en main et que l'on puisse déposer sur la surface plate de son choix ou ailleurs sans abîmer les surfaces travaillées.

Il est possible de faire un apport culturel un certain moment de la séance, les œuvres des artistes les plus appropriées pourraient être les œuvres de Jean Arp, Brancusi, Henry Moore, Marta pan.


Une partie poétique littéraire est complémentaire.
Je trouve cette suite indispensable.
L'objectif de cette partie écrite est une aide pour l'oral. Chaque élève devrait expliquer aux groupes à quoi sert sa clé mystérieuse ; il devra dire une phrase assez courte devant tous ses camarades.
Chacun aura préparé sa phrase par écrit.
Pour préparer sa phrase il faut quelques aides.
Nous avons dit pour débuter que c'était une clé pour rêver, une clé pour entrer dans un espace de rêve, il peut en être autrement...
Ça peut être une clé pour rire à la demande, pour se mouvoir, pour se métamorphoser, pour survoler, pour soutirer, pour se souvenir, pour oublier, pour se venger, pour grandir, pour compter, pour comprendre, pour enseigner, pour entrer pour sortir, pour changer, ect.

La phrase serait sur ce modèle; « j'ai fabriqué une clef pour " placer le verbe", ensuite une "préposition", puis un "nom", et enfin,  un "l'adjectif". »
L'idéal serait de continuer la phrase et d'y ajouter le pronom relatif "qui" et laisser l’élève continuer cette phrase.
Par exemple ; « une poignée pour comprendre à travers les astres lointains qui souvent ne disent rien. »
Un autre exemple ; « j'ai fabriqué une clé pour soutirer de l'eau distillée du sous-sol de la planète Vénus. »


Pour arriver à ce genre de phrases, il faut plus d'aide...
A la suite du "verbe", voici une liste de prépositions à proposer ; autour, vers, dans, de, du, en sur, avec, à travers, hors, etc.
Il est aussi utile et indispensable suivant l'âge des enfants ou des adultes de proposer une liste d'adjectif pour enrichir et dépasser, petit, grand, beau : ancien, humide, égal, nombreux, neuf, rapide, bleu, médiocre, glacé, mince, habile, nouveau, seul, droit, sont des adjectifs connus et plus riches.

Je n'insiste pas trop sur cette partie poétique, elle nécessite une aide c'est certain. Mais c'est un domaine que les professeurs des écoles maîtrisent assez bien. (On ne m’a jamais aidé ainsi lorsque j’étais élève ! … Et ne pas faire confiance à l’imagination des enfants, c’est un mythe qui arrange bien les enseignants déficients en didactique.)
Dernière remarque penaude.
J'ai déjà écrit avec la classe cette grande phrase avant d'entreprendre la clé, je veux dire que chaque étudiant, chaque enfant possédait déjà sa phrase avant d'entreprendre le modelage entre les mains de cette fameuse clé magique.
Ecrire avant ou après avoir déposé sa clé sur la table sur le morceau de papier journal ? Je serais bien embêté d’affirmer que de donner la fonction de la clef avant est préférable à après l’avoir vue et sentie entre ses doigts.
Je pense aussi que si vous faites quelques références artistiques, il est préférable de les faire lors d'une séance suivante.
Faites des photos sur un fond noir ou neutre.















Sunday, 5 December 2010

Bestioles à plat puis en volume.























1. L’animal du monde de mes rêves, de mes cauchemars.

2. … Le monstre que je n’aurais vraiment pas aimé avoir comme doudou !

3. Les enfants vont peindre une surface noire au pastel, puis, elle va être mise en volume sur un socle, elle va devenir une bestiole.

4. Vous avez besoin de couleurs, d’une classe quelque soit le cycle, des pastels gras, des ciseaux, du scotch et une plaque de carton de format A5 et aussi, une feuille noire format A4, 170 gr minimum, éventuellement une feuille blanche A4 90gr et une bonne agrafeuse.

5. "Badigeonnez et recouvrez allégrement votre feuille noire aux pastels. Vous avez déjà travaillé aux pastels à l’huile". Voyez la fiche sur ce blog "découverte des pastels".

6. Bien qu’ils aient déjà travaillé avec des pastels attendez-vous à ce que les enfants fassent de grands aplats de couleurs; luttez contre cela.

7. Votre feuille sera entièrement couverte d’innombrables couleurs mélangées aux pastels et aux doigts.

8. Cette vive peinture abstraite devient la peau d’un animal.

9. "Vous venez de faire la peau d’un drôle d’animal !"

Comme par exemple une peau de fourrure, un plumage, une carapace…

10. Pour l’instant leur peau est comparable à la peau d’un crocodile, d’un d’ours ou à celle d’un tigre que l’on voit en guise de tapis dans les BD de Tintin. Mais il faudra enlever du papier pour retrouver la forme de votre l’animal, la forme plate de votre animal monstrueux.

11. "Cherchez et dessinez le contour de la peau de votre animal. Gommez, faites différentes tentatives. Essayez de gagner le plus de surface peinte possible pour la peau, vous découperez ce qui sera en trop et hop, à la poubelle."

Vous pouvez agrandir ces croquis.


12. Dessinez sur la feuille blanche d’essai ou sur la noire directement, mais ce n’est pas prudent pour la raison suivante; à coup sûr leur animal n’occupera qu’une faible place sur la feuille, de l’ordre de 1/3, pas plus, c’est trop peu ! C’est dommage d’avoir peint toute la feuille, vous avez bien compris que l’on va découper ce qui est en trop.

13. Vous repérez un élève qui trouve de bonnes solutions sur le papier. Certains élèves vont être complètement bloqués, et pour ne pas les envoyer au casse-pipe, faites venir cet élève au tableau, qu’il cherche devant tout le monde, puis un autre, puis un autre, les résultats arriveront très vite. Aidez-le oralement.

14. Cette recherche collective est payante, le hic, c’est que ce dragon à la craie devient modélisant.



15. Voici encore un argument ; "vous ne trouvez pas dommage que l’on ait passé une demi-heure à colorier votre feuille si c’est pour en mettre la moitié à la poubelle !"

16. Un challenge. Il est possible d’obtenir un résultat sans aucune chute mais ceci est difficilement envisageable même en cycle trois. Au tableau vous privilégierez la solution la plus concentrée, celle-ci doit servir d’aide pour les autres sans pour autant être un modèle, pas facile !

17. Pour gagner encore de la surface de peau en cycle 3. Imposez-leur les articulations, genoux, coudes, ailes, chevilles, deux mâchoires, deux oreilles. Dites-leur qu’il va être mis en volume après découpage, ils pourront plier les pattes en deux dans le sens de la longueur pour renforcer.

18. « Maintenant que chacun sait à quoi son animal va ressembler, au crayon ou au pastel vous allez le copier sur votre feuille noire afin de pouvoir le découper.»

19. "Chacun doit avoir la peau noire colorée de son animal imaginaire devant lui, à plat, comme un tapis."




20. "Vous savez que vous avez déjà donné tous un nom à votre animal imaginaire ?"

La séance de vocabulaire du matin. Les enfants ont choisi la première syllabe de trois mots tirés au hasard des pages d’un livre de lecture, ils les ont assemblées. C’est seulement lorsque la peau sera découpée que ce drôle de nom devient le nom de l’animal qui fait peur. Chaque élève sort son carton A5 avec le nom de son animal bien inscrit dessus en lettres d’imprimerie.

21. "Maintenant vous allez placer votre animal imaginaire sur le support. Le problème est que la peau de l’animal est bien plus grande que le support !"

" Quelqu’un a une solution ? "

22. Les quatre pattes de votre animal vont être scotchées ou agrafées aux quatre coins du support. Suivant le niveau, plier, replier, pincer, refermer le ventre et la tête.

23. Pour mieux voir les bestioles, les enfants installeront quelque part tous les animaux à la queue leu leu ou en ligne.

24. Le principe de tronçonner ce travail en petits bouts, relance le travail à chaque fois, et cela permet aux plus démunis de suivre comme les autres, les consignes qui arrivent progressivement. Les difficultés peuvent donc être réglées au fur et à mesure. L’enseignant peut voir l’ensemble et ne pas se fatiguer inutilement à aider individuellement les enfants.

25. Cédric, Pauline et GilbR. Le vendredi 3 décembre 2010.